Unknown unwinding - Eric Lefortson
Unknown unwinding
Carélie août 2015
38 photographies
(document et extrait)

je suis arrivé ici par chance, mais j'ai choisi de me rendre dans cette région assez méconnue.
J'ai suivis une sorte de déroulement comme celui d'un film ou d'une pellicule, à travers une micro
et lointaine partie de la Russie d'un ouest perdu.
Le voyage a démarré de la Finland (Kuusamo, Hossa) roulant vers Kem par Kalevala en direction des Îles Solovetsk par la mer blanche (lieu précurseur des goulags).

Ces images sont extraites d'une série réalisée à l'été 2015 en Carélie russe. Il s'agissait pour moi de rendre compte,
comme un road-movie, de ce voyage nomade dans une terre méconnue aux frontières floues. Un déroulement Inconnu.
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Texte " Alone & Forsaken "
(de Célia Wagenführer)

Peut être qu'un jour il faudra que je te montre les autres photos.

Des victoires napoléoniennes j'ai garde le gout de la défaite, les semaines qui s'étirent,
l'ailleurs sans cesse regretté.

J'espère reconstruire quelque chose de meilleur pour la vie, la notre, la sienne.
Nous sommes partis à l'est.

D'une autre victoire ou d'une autre défaite, d'un appel pudique autour d'un repas j'ai raccroché les jours opaques et je suis parti encore plus à l'est.

Je suis parti avec les repérages de Wenders. Les cadres en scope de road-movie que je n'ai fait qu'emprunter.
Ces paysages sans frontières où l'on ne s'arrête pas.
Et alors la frustration et les mots tus, les photos oubliées. Et alors les nuits ou l'on vit autant que le jour.
Les lignes courbes, les lignes droites, les lignes de fuite. Toujours. Accepter la loi de la route, celle qui avance, celle qui dévale, qui m'avale.
J'ai taché de m’imprégner de l'ambiance et les moments s'étaient déjà vécus.
On se dit que c'est pareil alors que c'est justement précisément différent.
Parce que la lumière n'est jamais la même, parce qu'un pays désolé, parce que la dynamique de moi, parce que la dynamique des gars.
On cherche à faire original et on se rend compte que la construction académique est suffisante, parce qu'elle a fait ses preuves;
privilégier le fond plutôt que la forme.

J'ai voulu ouvrir toujours plus large la focale des envies d'évasion, cette piste de décollage, cette route défoncée qui mène à la noyade.
Et les prairies impraticables et les marais bondissants pleins des cadavres de ces gens que je ne photographie pas.

Vide.

J'ai couvert ma peau d'images arrachant la peau de mon père en la faisant valser dans les photos jaunies du grenier de ma mère.
Je me suis couche nu dans les bruyères,
j'ai marché seul dans des lieux qui semblent abandonnés comme un enfant en expédition.

Faire de la photographie c'est voir autre chose que ce qu'un moment donne à voir et
donner à voir à son tour avec un peu de soi.

Je ne dis plus les mots, je ne sais plus les dire il parait. Reste le silence en quatre tiers.
Les filles lasses de Solovski à qui plus aucun gars ne parlent.
Il y a les mots disparus de la bibliothèque, les restes de souffrance, il y a la lumière et l'ambiance et la texture du monde.
La langue hermétique et les contours soyeux.
Les satellites échoues.

J'ai mis les photos prises a la fin au début. J'ai encore le gout de l'extase dans les yeux. Les shots d'ambiance forte.
La mer blanche m'a redonne naissance.
J'y ai vu des femmes, j'y ai rencontré des hommes, des amis, un, moi, perdu et abandonné.
Dans Carélie il y a care et lie celle qui prend soin de moi et celle que je laisse derrière moi.

Il y a les paysages sans frontières ou l'on s'arrête.
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